Devoir d'aimer, pas de réussir !
Chroniques pédagogiques
Au cours de mes nombreuses et de plus en plus longues tournées, je rencontre des centaines de parents, et je suis désormais habituée à les entendre déplorer - le plus souvent à notre première rencontre - d'avoir "raté" ou de craindre "de ne pas réussir" l'éducation de leurs chers trésors !
C'est, involontairement, se donner bien de l'importance, c'est se croire bien de la force et de la perfection que de se mettre sur le dos une telle charge. J'ajouterai : surtout de nos jours ! C'est évidemment redoutable et désespérant… Cela ne peut que diffuser l'angoisse, l'ennemi de la paix ! Je ne crois pas que nos ancêtres, pendant des siècles, aient connu ce genre de pénible préoccupation. (lire la suite...)
Se pose-t-on la question de savoir si nous allons "réussir" à être saint ? La ferme volonté d'être accueilli dans le cœur de Dieu ne passe pas par ce genre de préoccupation. Qui serions-nous pour y parvenir puisqu'il s'agit d'aimer et que… mieux on grandit, mieux on mesure combien nous sommes loin du compte ! La cause est donc désespérée ? Au contraire… plus nous nous reconnaissons petits et impuissants, plus nous avons de capacités à ne nous en remettre qu'à Celui qui nous con-naît parfaitement, comme jamais nous ne nous connaîtrons et qui connaît nos enfants, comme jamais nous ne les connaîtrons et comme jamais eux-mêmes ne se connaîtront. C'est donc bien d'Espérance qu'il s'agit, de Confiance en Lui, le Maître de toutes choses, et qui ne les a créées que pour qu'elles servent, ces choses, à notre salut, c'est-à-dire à la confiance en Son Amour. "De quoi aurions-nous peur…" ?
Nous n'avons pas pour charge de "réussir" nos enfants, pas plus que Dieu ne nous impose une réussite quelconque : la vie humaine de Son Fils n'est-elle pas, à vue humaine, le plus complet ratage qui soit ? Une mort de criminel pour avoir tant aimé les hommes. Ne soyons pas plus royalistes que le Roi et suivons l'exemple de Marie, la Mère de Dieu. Est-elle une seule fois, une fois seulement le témoin de ce genre d'inquiétude ? Elle aurait eu de quoi pourtant l son fils n'était pas banal et a suscité bien des controverses et des haines, dont Elle était le témoin. Pourtant, son existence est celle d'une mère de famille, - même pas nombreuse… - qui fait tout passer par la prière et une confiance à toute épreuve en la Volonté divine : si cela survient, c'est que Dieu le permet, FIAT. Et cela lui vaut de devenir la Mère de l'humanité, la mère de chacun de nous? Tentons de nous montrer aussi modeste que cela, car c'est le plus sur moyen de Lui laisser la place dans notre cœur et de devenir pour nos enfants, ce dont ils ont le plus besoin, des modèles de ce que l'existence doit nous aider à être : des conquérants d'amour. Attention, j'imagine tout de suite quelques généreuses mamans se déchaînant au service de l'humanité, tous azimuts et… aux dépens de leurs proches, pour donner l'exemple. Il ne s'agit pas de faire, mais d'être. Agir en profondeur sur le cœur des enfants passe d'abord, tant pour les parents que pour tout éducateur, par un doux labeur sur soi-même. De quel exemple ont-ils besoin pour s'accrocher à ce Dieu qui nous rend si heureux ? De bonheur justement, pas celui qu'on voudrait donner, le bonheur ne se donne pas, c'est un état : mais on en témoigne et cela doit donner envie d'être heureux. Le bonheur est cette paix intérieure qui n'exclut ni la joie, ni la tristesse, ni la passion, ni la douceur, ni la justice et le goût de la vérité, ni celui de la clémence et du pardon. Le bonheur est cet état qui se construit doucement tout au long de l'existence lorsqu'elle en est la quête et qui nous permet de trouver en tout événement de l'existence l'occasion d'une épreuve d'amour, permise par Dieu pour nous faire gravir le chemin qui conduit à Lui. "Soyez parfaits comme votre Père est Parfait," dit Jésus, devenez pleins d'amour. Il ne s'agit pas du sentiment d'amour, mais de cet amour en acte, qui nous réalise en tant qu'enfants de Dieu. Cet amour qui nous rend souples et disponibles à Sa Volonté, quelle qu'elle soit et fait de nous des "personnes de confiance". Vivre cela devant les enfants c'est demeurer en paix, quoi qu'il arrive, éviter d'imposer sa volonté propre confondue avec la vérité, savoir reconnaître dans chaque événement - au quotidien - la volonté de Dieu, et trouver le moyen de s'y soumettre sereinement, voire joyeusement. Ne pas rêver de carrière ni s'encombrer de soucis existentiels, bien utiliser les occasions comme des moyens de développer nos talents sans plus, donner un sens surnaturel à tout ce que nous faisons et… leur faisons faire, voilà la clé de ce témoignage. Nous ne sommes pas sur terre pour devenir polytechnicien, artisan ou ingénieur, professeur ou commerçant, nous sommes sur terre pour que, grâce à tout cela, nous devenions des champions de l'amour des autres pour l'amour de Dieu. Ce ne sont que les occasions de grandir pour devenir enfant de Dieu. Le chemin est semé d'embûches ? Et oui, bien sûr, comme les épreuves sont pour le sportif, l'intellectuel ou l'artiste des moyens de révéler ce qu'il vaut dans un domaine précis. Notre domaine, c'est l'amour, celui qui veut le bien, nous devons franchir beaucoup d'obstacles pour devenir des "experts" de la justice et de la miséricorde. Nous devons surtout, sinon c'est impossible, nous confier soigneusement à Celui qui ne demande qu'à nous prendre dans ses bras pour passer les obstacles. Marie Gourville |
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